Embarquement immédiat pour une petite dose d’aventure, aux portes de Paris. Vous êtes prêts ?

L’année dernière, lors d’un événement lié au spatial, je rencontre Julien, 33 ans, ingénieur dans les énergies renouvelables au Danemark en semaine et pilote privé (en autres) pendant ses vacances. Nos chemins se croisent de nouveau il y a quelques semaines, lors d’un congrès en Allemagne. Au moment de se dire aurevoir, on émet l’idée de se retrouver à l’occasion et de s’organiser un vol. À quelques semaines de mon retour en région parisienne pour un week-end prolongé, je l’ai donc contacté et on s’est donné rendez-vous à l’aérodrome de Pontoise-Cormeilles-en-Vexin en début d’après-midi, un vendredi.

C’était risqué, d’un point de vue météorologique, de planifier un vol aussi longtemps à l’avance. En décembre. En région parisienne. Mais il n’y a qu’à voir les photos qui suivent pour se rassurer : la chance nous a souri et le soleil était de la partie.

Une fois à l’aérodrome donc, Julien s’affaire à la préparation du vol : consultation et impression du dossier météo, consultation et impression des NOTAM pour s’informer sur les obstacles et dangers à proximité des aéroports et de l’espace aérien, consultation de la carte militaire AZBA pour connaître les zones réservées aux vols d’entraînements à très basse altitude (RTBA). Pas besoin de déposer de plan de vol m’indique t-il, ils ne sont nécessaires qu’en cas de vol de nuit, vol aux instruments uniquement (IFR), vol éloigné des côtes ou si le vol inclut un passage de frontière. Ici, nous volerons de jour et à vue (VFR). On fait la course, gagnée d’avance par Julien, pour la prise de l’ATIS (Automatic Terminal Information Service), un message enregistré par la tour de contrôle indiquant les conditions météos de l’aéroport et de l’espace aérien local.

Tous les veux sont au vert, nous partons préparer l’avion.

L’avion en question, c’est un Cessna 172. Sur le chemin, Julien me raconte qu’il a déjà eu l’occasion de le piloter plusieurs fois : c’est avec ce joujou des airs qu’il a traversé une partie de la France et de l’Espagne pour aller passer des vacances au Maroc il y a quelques mois.

Une fois arrivé à proximité de l’avion, les checklists peuvent commencer : checklist intérieure pour s’assurer du bon fonctionnement des systèmes électriques et des compteurs, purge d’essence et vérification des niveaux ou encore checklist extérieure pour vérifier le bon état apparent de l’avion. Julien s’assure aussi du bon équilibrage des masses de l’avion. On en profite pour accrocher les caméras : une première sur l’aile droite, une deuxième sous le fuselage et une troisième dans le cockpit.

Un petit détour par la station essence pour remplir les réservoirs. Selon les calculs d’autonomie, et en incluant une marge de réserve d’1h de vol, il nous faut 120 litres de carburant.

On effectue les dernières checklists avant le décollage : avant démarrage, démarrage, après démarrage, roulage, essais moteurs, autorisation de décoller, alignement…

L’avion est prêt, et nous aussi. On prend de la vitesse. En quelques secondes, les roues quittent la piste et on taille la route vers la Seine-Maritime. En ligne de mire : Étretat et ses jolies falaises de craie blanche.

Je lui raconte qu’Étretat à ce petit quelque chose de spécial pour moi. C’est souvenir fort d’une de mes toutes premières aventures sportives : la Ronde du Val d’Oise. J’ai 10 ans lorsque je visite Étretat pour la première fois, avec ma classe de CM2. Le lendemain, nous nous élançons de Fécamp, à 1h de bus, pour rallier le Val d’Oise à vélo. Presque 200 kilomètres, ponctués par des visites et des nuits à dormir tous, agglutinés dans des gymnases ou des écoles.

On prend de la hauteur tout en longeant la Seine, jusqu’à passer au dessus des rares nuages. Au sol, les ombres sont étirées par la lumière rasante. Deuxième indice de l’hiver imminent : quelques morceaux de terrains, les moins ensoleillés, sont recouverts d’un fin manteau blanc.

Après une quarantaine de minutes de vol, le vert des terres laisse place progressivement au bleu de la mer. On approche des côtes. Julien enfile son gilet de sauvetage et me rappelle les instructions en cas d’incident. Rassurant.

On survole le phare d’Antifer, qui fait face à la Manche, et qui culmine à une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer.

Julien braque l’avion légèrement sur la droite. Le spectacle est incroyable. On survole « l’Aiguille » sous une lumière de fin de journée, qui tire vers le jaune. Les vagues viennent s’écraser sur les plages de galets, au pied des pans de falaises. Au loin, le ciel prend des teintes rose orangé. On profite de la scène et on s’accorde quelques 360 pour ramener des belles images.

Un dernier virage et il est déjà temps de rentrer, si l’on veut atterrir avant la tombée de la nuit. Si à l’aller, nous étions passés par le Sud de Rouen, cette fois-ci, on fait cap vers le Nord de la « ville au cent clochers ». Le paysage devient opaque, du fait des rayons de lumières obliques qui se diffusent dans l’atmosphère.

S’en suit quelques discussions sur les voyages en avion, qui (me) font rêver.

Les derniers rayons de soleil passent derrière l’horizon. Cinq minutes plus tard, les roues de l’appareil touchent de nouveau le sol, après 1h30 de vol. Nous avions encore un peu de marge : jusqu’à 30 minutes après le coucher du soleil pour atterrir.

La luminosité décroit vite, il fait déjà nuit lorsque nous finissons de ranger l’avion (encore des checklists !). On se dit aurevoir sur le parking de l’aérodrome, de belles images et de beaux souvenirs de vol en tête.

Et avec une envie de mon côté : celle de revoler rapidement.